En Haïti, les problèmes sont si nombreux que certains finissent par en éclipser d’autres.
Jeudi dernier, je quittais Turgeau pour me rendre à Delmas, à bord de la voiture d’un collègue.
En bifurquant à gauche sur la route de Bourdon, après l’entrée du Collège Marie-Anne, pour emprunter la rue menant à Delmas 32, j’ai été frappé par une scène aussi banale qu’inquiétante : une vingtaine d’enfants jouaient au football en pleine rue, aux alentours de 14 h 10.
J’ai vite compris que ces enfants- livrés à eux-mêmes- occupent l’espace public pour tromper l’ennui.
Ils incarnent cette frange oubliée de la société, privée de droits fondamentaux, au premier rang desquels figure l’accès à l’éducation qui, Nelson Mandela, est l’arme la plus puissante qu’on puisse utiliser pour changer le monde.
Ces enfants vivent dans des conditions précaires, dans des camps de fortune installés dans les locaux du Parti Fusion des Sociaux-Démocrates, à la suite de la prise de Nazon et de Solino par des groupes armés.
Leur situation témoigne d’un abandon manifeste de la part des autorités publiques. « Une société qui abandonne ses enfants renonce à son avenir », disait Kofi Annan.
L’insalubrité des lieux, marquée par la puanteur ambiante et parfois l’accumulation d’immondices, révèle non seulement le cynisme des dirigeants, mais aussi l’effondrement des institutions étatiques, notamment de la Mairie et du Service métropolitain de gestion des résidus solides (SMGRS).
Si ces enfants ne sont pas pris en charge par l’État, ils risquent de devenir des recrues potentielles pour les groupes criminels. « Là où l’injustice règne, la violence trouve toujours un terrain fertile », écrit Martin Luther King Jr. Pourtant, parmi eux se trouvent sans doute de futurs artistes, enseignants, médecins, ingénieurs ou dirigeants de l’État. Autant de potentialités aujourd’hui menacées sous les regards nonchalants du gouvernement en place qui fanfaronne dans les médias sur sa politique sociale.
Il m’ incombe, en tant que citoyen engagé dans le combat pour la transformation sociale, d’alerter l’opinion publique sur les dangers que représente cette jeunesse non scolarisée, abandonnée et vulnérable, pour l’avenir du pays. Car, comme le disait Victor Hugo, « ouvrir une école, c’est fermer une prison ».
Âgés de 6 à 14 ans environ , ces enfants demeurent des êtres en devenir, encore accessibles à l’éducation et à l’encadrement. Il est urgent d’agir avant qu’il ne soit trop tard.« Chaque enfant qu’on enseigne est un homme qu’on gagne », rappelait encore Victor Hugo.
Bleck D. Desroses / 5 mai 2026

