L’effondrement de l’État haïtien, après plus de deux siècles d’existence, est la résultante de la dissolution du pacte social au sens hobbesien.
Thomas Hobbes, philosophe anglais du XVIIe siècle, démontrait dans le Léviathan qu’à l’état de nature, l'homme est un loup pour l'homme.
En l'absence d'une autorité commune, c'est la loi du plus fort qui s'impose, vouant les plus faibles à l'anéantissement. Cette situation de « guerre de tous contre tous », où la vie est « solitaire, indigente, quasi-animale et brève », pousse les humains à renoncer à leur liberté naturelle en échange de la paix.
De cette abdication naît le Léviathan : l’État souverain, puissance suprême dont la mission absolue est de garantir la sécurité et l'harmonie sociale.
De 1804 à nos jours, le Léviathan haïtien a failli à cette mission fondamentale d’ordonner la société dans l’intérêt de la préservation de tous. En laissant une minorité accaparer les richesses nationales et en condamnant la majorité à une précarité infrahumaine, l'État a perdu sa trajectoire.
Dès lors que le souverain ne peut plus garantir ni l'ordre ni la vie, le pacte se rompt. Les membres du corps social se désagrègent, et Haïti bascule de nouveau dans le chaos de l’état de nature, là où la force brute dicte sa loi.
Si l’on veut fonder une nouvelle Haïti, il ne s'agit pas simplement de réformer l'existant, mais de susciter un nouvel acte de refondation politique. Il nous faut restaurer l'autorité légitime de l'État, mais un État qui, cette fois, tire sa force de sa capacité à inclure chaque citoyen dans la garantie de la sécurité physique, économique et sociale.
Bleck D. Desroses / 24 mai 2026

