Mes chers lecteurs,

J'aimerais vous dire qu' Haïti est un pays extraordinaire. Ici, les crises passent, les gouvernements changent, les promesses meurent. mais les slogans, eux, survivent toujours. Chaque génération invente son mot magique, son expression à la mode, celle qui finit par remplacer la réflexion. Aujourd'hui, le mot d'ordre s'appelle « Jere Standard ».

Le pays est en ruine ? Jere Standard.     L'école s'effondre ? Jere Standard.   L'économie agonise ? Jere Standard.  Les jeunes fuient le pays ? Jere Standard.

Comme si deux mots suffisaient à résoudre des décennies d'échecs.      Ce qui frappe, ce n'est pas l'expression elle-même, mais la vitesse avec laquelle une société entière s'y accroche. En Haïti, nous avons un talent particulier : transformer chaque slogan en religion et chaque tendance en vérité absolue.

On entend partout : Ou pa menm fini lekòl. Ou pa menm gen yon fich filo. Wap jere standard.  

Ou pa menm gen lajan ou bzwenn fanm, Jere Standard.

La phrase amuse, fait rire, récolte des milliers de réactions. Mais derrière cette ironie se cache une autre réalité : une société qui adore juger, classer et humilier.

Depuis quand un diplôme est-il devenu le seul passeport vers l'intelligence ? Depuis quand une personne sans parcours universitaire n'aurait-elle plus le droit d'avoir une opinion ? Et, à l'inverse, depuis quand un diplôme garantit-il la compétence, la sagesse ou l'honnêteté ?

Le plus inquiétant n'est pas le slogan. Le plus inquiétant, c'est le fanatisme qu'il nourrit.

Une nouvelle aristocratie est née : celle des réseaux sociaux. On ne débat plus, on étiquette. On ne convainc plus, on ridiculise. Celui qui pense autrement devient immédiatement « ignorant », « jaloux » ou « dépassé ».

Pendant que nous nous livrons à cette guerre de commentaires, le pays continue de sombrer. Les écoles ferment. Les hôpitaux manquent de moyens. Les familles se déchirent sous le poids de l'insécurité et de l'exil. Mais nous, nous préférons compter les « likes », partager des slogans et applaudir les phrases qui blessent plus qu'elles n'éclairent.

Le véritable « Jere Standard », ce n'est peut-être pas celui que l'on répète à longueur de journée. C'est notre incroyable capacité à normaliser l'échec, à transformer la médiocrité en spectacle et à croire qu'une formule virale remplacera un projet de société.

Haïti n'a pas besoin d'une nouvelle expression à la mode. Elle a besoin d'une révolution de la pensée. Elle a besoin de citoyens qui questionnent plutôt que d'adorer, qui argumentent plutôt que d'insulter, qui construisent plutôt que de se contenter de répéter.

Car une nation ne se relève jamais avec des slogans. Elle se relève avec des idées, du travail, du courage et une conscience collective.

En attendant, le pays continue son défilé de mots à la mode. Aujourd'hui, c'est « Jere Standard ». Demain, ce sera autre chose.

Le slogan changera.

Les problèmes, eux, risquent encore de rester, standard.

 

Wilmington BELLUNE Haïti17 ✍️ 

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