L’homme est-il né bon avant d’être corrompu par la société ? Cette interrogation, qui traverse l’histoire de la philosophie, trouve un écho particulier en Haïti. Dans un pays marqué par les inégalités sociales, la pauvreté extrême et l’absence de justice véritable, il devient légitime de se demander si la corruption, la cupidité et la violence ne sont pas les produits d’un système profondément malade.

Jean-Jacques Rousseau, avec sa théorie du « bon sauvage », soutenait que l’homme naît naturellement bon, mais qu’il est progressivement perverti par la société, les intérêts matériels et les structures de domination. En Haïti, cette idée prend une dimension particulièrement frappante. La quête effrénée de richesse, alimentée par la précarité économique et l’absence de perspectives, pousse certains individus vers la corruption, le détournement de fonds publics, le trafic d’influence et parfois même la violence.

Et bien, L’affaire de la Banque Nationale de Crédit (BNC) en octobre 2024, qui concerne certains membres KTP illustre parfaitement cette dégradation morale et institutionnelle. Cette affaire, qui a secoué l’opinion publique haïtienne, a renforcé le sentiment que la corruption ne touche plus seulement quelques individus isolés, mais qu’elle est devenue un véritable système de fonctionnement au sein de certaines élites politiques et économiques. Lorsqu’une institution censée protéger l’économie nationale se retrouve associée à des accusations de mauvaise gestion, de favoritisme ou de détournement, cela démontre à quel point les valeurs collectives se sont effondrées.

L’homme haïtien contemporain semble parfois prisonnier d’une culture de l’enrichissement rapide et du pouvoir personnel. Beaucoup utilisent la politique non comme un outil de service public, mais comme un moyen d’accéder aux privilèges, à l’argent et à l’impunité. Pawol la di : « Se depi lan colonie ti nèg tèt grenn pa janm satisfè de sa yo genyen » traduit cette soif insatiable de possession et de domination. La corruption devient alors une norme sociale tolérée, voire admirée, dans certains milieux.

L’héritage de l’esclavage, du colonialisme et des dictatures a laissé des blessures profondes dans la société haïtienne. Pendant des décennies, l’État a été utilisé comme un instrument d’exploitation plutôt que comme une structure au service de la population. Cette réalité a créé une culture de méfiance, où chacun tente de survivre pour lui-même, souvent au détriment du bien commun.

Le luxe ostentatoire affiché par certains dirigeants contraste brutalement avec la misère de la majorité de la population. Pendant que des familles peinent à se nourrir, d’autres accumulent richesses, véhicules de luxe et privilèges grâce à des ressources publiques détournées. Cette injustice sociale nourrit la frustration, la colère et parfois même le désir d’imiter ceux qui réussissent par des moyens illégaux.

Les réseaux de pouvoir, souvent opaques, favorisent l’impunité et protègent les responsables de scandales financiers. La justice, affaiblie et politisée, peine à sanctionner les coupables. Ainsi, la corruption se reproduit génération après génération, détruisant progressivement les valeurs morales, la confiance collective et l’espoir d’un véritable développement national.

La pauvreté, l’insécurité, le manque d’éducation et l’absence de services de base ne sont pas uniquement des conséquences de l’instabilité politique ; ils sont aussi les résultats directs d’une corruption systémique qui vide les institutions de leur mission première. Une société où les fonds publics sont détournés ne peut ni construire des écoles solides, ni offrir des soins de santé dignes, ni garantir un avenir à sa jeunesse.

Cependant, malgré cette réalité sombre, il serait injuste de croire que tous les Haïtiens sont corrompus. De nombreux citoyens continuent de lutter honnêtement pour la justice, l’éducation et le progrès collectif. Mais tant que la corruption sera récompensée socialement et politiquement, le pays restera prisonnier d’un cercle vicieux où l’intérêt individuel écrase l’intérêt national.

Haïti ne pourra se reconstruire qu’à travers une transformation profonde des mentalités, une justice indépendante et une nouvelle génération consciente que la politique doit être un service rendu à la nation et non un commerce personnel.

Wilmington BELLUNE Haïti17 

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