Quelques jours avant le sacre de l'Argentine à la Coupe du monde 2022, l'AFA aurait confié l'ensemble de ses droits commerciaux internationaux à Tour Prenter, une société créée seulement trois mois plus tôt à Miami et sans expérience dans le football. Selon Molina, cette entreprise perçoit 30 % des revenus générés à l'étranger. Les primes de la FIFA et d'autres recettes auraient transité par cette société privée plutôt que directement par la fédération.

Le journaliste décrit ensuite un circuit financier complexe. L'argent aurait été redistribué vers des sociétés écrans installées notamment au Delaware, au Wyoming et aux Îles Vierges britanniques. Des virements de plusieurs millions de dollars auraient été associés à des prête-noms, parmi lesquels un pharmacien, un couple endetté et une employée bénéficiant d'un logement social à Bariloche. Pour Molina, ce montage visait à dissimuler l'origine et la destination des fonds.

L'enquête évoque également un enrichissement spectaculaire de certains dirigeants. Sont notamment cités l'utilisation d'un jet privé Gulfstream 400, la location de yachts à Monaco, l'achat de karts de compétition et l'acquisition d'une luxueuse propriété. Ces dépenses seraient financées par la société basée à Miami.

La vidéo met aussi en lumière une affaire d'une extrême gravité concernant Diego Guachi, ancien entraîneur des sélections féminines de jeunes. Dès 2021, cinq joueuses mineures auraient dénoncé des faits de harcèlement psychologique, de chantage à la sélection et de harcèlement sexuel. Selon Molina, des messages à caractère sexuel et des demandes de faveurs sexuelles faisaient partie des accusations.

Toujours selon le journaliste, la FIFA aurait classé le dossier faute de preuves suffisantes, puis transmis à l'AFA un rapport contenant l'identité des plaignantes malgré les garanties de confidentialité. Plusieurs victimes auraient quitté définitivement le football, tandis que Diego Guachi n'aurait fait l'objet d'aucune sanction sportive.

Romain Molina affirme enfin que ce système bénéficie de protections politiques et institutionnelles. Il évoque des liens étroits entre des responsables de la FIFA, de la CONMEBOL et de l'AFA, ainsi que des pressions, des menaces et des campagnes de harcèlement visant les journalistes et les lanceurs d'alerte.

Si ces accusations sont confirmées par la justice, cette affaire pourrait devenir l'un des plus grands scandales du football mondial depuis le FIFA Gate, en mêlant corruption financière, blanchiment d'argent, exploitation de mineures et défaillances des instances chargées de protéger l'intégrité du sport.

 

C.P: AFA